Dans les pas d’Arnaud Beltrame

Par Nathalie Bianco

C’est la première chose que j’ai faite ce matin, en me réveillant : J’ai allumé mon téléphone, pour prendre des nouvelles du gendarme de Trèbes. La deuxième chose que j’ai fait c’est de pleurer, des larmes de tristesse et de rage. Comme lorsque Merah a assassiné des enfants à Toulouse. J’en pleure encore, à chaque fois que j’y pense. Comme lors du massacre de Charlie, et celui de tous ces jeunes gens au Bataclan. Le vieux prêtre égorgé dans son église aussi, ça m’avait secoué, ainsi que les deux policiers de Magnanville, lardés de coup de couteau devant leur petit garçon de 3 ans. Et Nice, la belle, la promenade des anglais, le feux d’artifice, que de larmes versées en regardant les photos. Surtout celle de la petite fille sous la couverture, avec son ours en peluche.

Les deux jeunes filles égorgées sur un quai de gare à Marseille aussi, ça m’a traumatisée, parce que l’une ressemblait à ma fille, et qu’elle aurait pu être Elle, si belle, si pleine de vie, si insouciante, si loin de tout ça.

Bref, je pleure beaucoup depuis quelques années. De tristesse et de rage. Vous aussi, surement. Je n’arrêterai jamais de pleurer et d’être révoltée. Mais il y a un truc que j’ai arrêté, c’est d’allumer des bougies. De faire des coeurs avec mes doigts. De crier « au fou », au déséquilibré, à l’acte isolé d’un taré. Ça me rassurait surement, mais ce n’est pas vrai. Il n’y a pas d’actes isolés, il y a quelque chose de structuré, d’immensément dangereux qui se rapproche de nous.

J’ai arrêté aussi depuis longtemps de lire la presse « de gauche », Libération, Mediapart, les Inrocks, le Bondy Blog etc… En fait, j’ai arrêté la gauche tout court, et comme je ne me suis pas résigné à être de droite pour autant, c’est chiant. Je ne suis plus rien. Je me sens un peu orpheline. Juste trahie, depuis si longtemps. Ecoeurée par la lâcheté du pouvoir. Mais comme on est un paquet dans ce cas, je me sens moins seule. Je suis citoyenne, c’est déjà bien.

J’ai donc arrêté des trucs, et j’en ai commencé d’autre. Par ex, j’ai commencé à comprendre qu’il se rapproche de nous, dangereusement, une sorte d’Iceberg. Le haut, ce qu’on voit aujourd’hui, c’est les morts, la violence, les attentas. Ça suscite l’émotion, la peur, l’effroi. Le fond de l’iceberg, immergé, ça fait moins flipper, ça peut paraitre soft, intéressant, et même parfois assez branché et progressiste. C’est l’idée que, la France ça pourrait n’être qu’une superposition de différentes cultures, religions, un conglomérat d’identités qui cohabitent sans jamais se mêler et n’avoir rien en commun, c’est l’idée que toutes les idéologies se valent et seraient respectables, au nom d’un vivre-ensemble béat et que l’universalisme n’est rien qu’un truc dépassé et obsolète. C’est l’idée d’une société « blanche » et colonialiste, forcément coupable de tous les maux, forcément dominante et odieuse, et d’une autre société « racisée » forcément victime. Toujours victime. C’est la volonté odieuse de « nous » fractionner, de « nous » diviser, de nous dresser les uns contre les autres. Eux contre nous. Nous contre eux. « Eux », ce serait les musulmans par ex, qui, grâce aux bons soins des idéologues victimaires ultra médiatisés, se retrouvent sommés de se solidariser avec l’islamisme, sous peine de haute trahison.

« Nous » ce serait une France qui, dès lors qu’elle refuse de courber servilement l’échine sous des revendications communautaristes et religieuses, serait assimilée à une prétendue « fachosphère ».

Le fond immergé de l’Iceberg, c’est aussi tous ces irresponsables qui n’ont de cesse d’exciter une jeunesse troublée et fragile et d’appeler à la haine de la France et de ses valeurs, à casser et à brûler du flic, à cracher sur les valeurs de la république, qui n’ont de cesse de banaliser tous les marqueurs de l’islamisme et de pactiser avec le diable, du moment que ça entretient encore l’illusion.

Alors oui, je pleure encore mais pas que…
Le temps n’est plus à l’émotion.
J’ouvre les yeux aussi.

Nous avons un putain d’Iceberg à éviter, si nous ne voulons pas nous fracasser et nous noyer inéluctablement. Tous les moyens sont bons, toutes les forces sont utiles.

Nous ne serons certes pas tous des héros, comme ce vaillant gendarme qui est mort cette nuit. Mais nous pouvons tous être des combattants. Nous pouvons tous faire pression, adhérer aux associations qui se battent sur le terrain, lancer des mouvements, signer, manifester, parler, protester, témoigner, nous faire entendre.

Nous ne sommes pas obligés d’être de simples spectateurs larmoyants et impuissants, nous n’avons pas à accepter le pire avec fatalisme, à nous courber servilement devant le totalitarisme, nous avons des valeurs communes et même si elles sont malmenées et imparfaites, ça vaut la peine de se bouger un peu le cul pour les protéger. Nous pouvons nous redresser, être debout, agir en étant (un peu ) courageux.

Nous ne le serons jamais autant qu’Arnaud Beltrame, qui a sacrifié sa vie . Mais ce sera notre façon de lui rendre hommage.

Ne plus pleurer et agir.

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