Charb lu à Paris-Diderot : “Mais que se passe-t-il en France ?”

C’est le cri lancé par une universitaire grecque lors du débat qui a suivi la lecture-spectacle du texte de Charb par Gérald Dumont à Paris-Diderot. « Je viens d’un pays où un parti néo-nazi- Aube Dorée – a tenté d’interdire la représentation de Corpus Christi. Et c’est l’Etat qui a défendu la pièce. Que se passe-t-il en France pour qu’un spectacle à l’Université puisse être menacé de censure par des étudiants sans qu’il soit défendu par les autorités ? »

Personne n’a pu répondre à cette question… Pour Marika Bret de Charlie Hebdo, il est effectivement plus simple de dire le texte de Charb dans des collèges, lycées ou centres sociaux qu’à l’Université. Lille2 a interdit la représentation par crainte de troubles à l’ordre public. A Valenciennes, la Préfecture a exigé qu’aucune communication ne soit faite pour annoncer l’événement. Résultat, Gérald Dumont a joué devant une salle quasiment vide.

A Paris-Diderot, suite à la demande d’annulation par le syndicat étudiant Solidaires, la direction a tenu bon. Saluons ici la fermeté de sa présidente Christine Clerici. La soirée s’est déroulée dans la sérénité. Seule une vingtaine d’étudiants opposés à la tenue de ce spectacle-débat se sont rassemblés sur le trottoir avant la représentation.

« Que se passe-t-il en France ? » Une jeune étudiante iranienne a reposé la question lors du débat. Nouée par l’émotion, elle a évoqué la sidération de sa famille lors des attentats de 2015, alors que les siens se sont réfugiés dans notre pays pour échapper à une condamnation à mort de son père… Une enseignante a témoigné qu’à Paris X Nanterre – université devenue pour elle « un relais du Pir » – il avait été impossible d’afficher le poster ‘Je suis Charlie’. Et d’ajouter « je vais proposer votre spectacle mais je sais que ce sera refusé ». Pour Marika Bret et Gérald Dumont, si on part perdant, autant abandonner la bataille… Un prof de philo d’un lycée de banlieue a reconnu que le silence permettait d’éviter les sujets qui fâchent entre collègues…

Quelles conclusions pour cette soirée ?

Une poignée d’étudiants a tenté d’interdire un spectacle et un débat à l’Université Paris-Diderot qui a tenu bon. Le relais de cette information dans les médias et les réseaux sociaux a payé. L’amphithéâtre – malheureusement rempli par des non-étudiants – était plein. Le spectacle a eu lieu. Le débat aussi. Et parfois houleux lors de prises de paroles d’étudiants se revendiquant de l’Union française juive pour la paix, ou d’un étudiant ‘musulman’ qui a qualifié l’humour de Charlie Hebdo « d’humour de lâches »

Oui, l’Université est traversée par la mouvance indigéniste, décoloniale et par l’islamisme. A nous – associations de défense de la laïcité et des valeurs républicaines – de relayer ce qu’il s’y passe et de soutenir les enseignants désemparés par le silence de leur direction et la démission citoyenne de leurs collègues. Parce qu’en 2018 en France, il est inacceptable qu’on doive recourir au contrôle d’identité des spectateurs, à la protection de CRS, à un service d’ordre renforcé et à un portique de sécurité pour assurer dans une Université, la tenue d’un spectacle et d’un débat devant 160 personnes…

Radicalisation de la bêtise politique contre indignation citoyenne : qui l’emportera ?

Par Charles Meyer

Ça va la descente ? Pas trop douloureux ? Et oui… Le type qu’on a élu il y a six mois se radicalise dans le déshonneur. Il faut être assez lâche pour traîner dans la boue les républicains et caresser les islamistes, de l’autre main. Quel cirque humain, tout de même. Voici que désemparés, certains font mine de découvrir que Macron est une calamité. Quand les quelques groupies sous LSD auront fui, précédés des réalistes, il ne restera que les rats, c’est à dire les convertis de la dernière heure, déjà habitués à sucer la première chaussette qu’on leur jette à la figure. Les gens bien seront ailleurs, c’est à dire comme nous, nulle part.

Depuis deux ans, nous sommes un certain nombre à penser que rien ne sera plus efficace que de retourner les armes de l’islamisme contre lui-même. Les raisons à cela sont multiples et d’une évidence élémentaire. Le champ politique est tout d’abord à l’abandon. C’est un vieux terrain en friche, délaissé depuis trop longtemps pour qu’à si peu, nous puissions le rendre praticable dans un délai raisonnable, en rapport avec l’urgence de la situation. Les rats qui infestent ce terrain vous mordent aux chevilles, tandis que la cohabitation avec les nouveaux blaireaux autochtones s’avère des plus pénibles, en attendant qu’ils deviennent, eux aussi, des rats, quand ils seront grands, affranchis et dépucelés par leurs congénères cannibales. Bref, nous avons tous croisé les mêmes profils dans l’engagement civique qui nous mène ensemble depuis des mois, avec cette sensation étrange de se retrouver de temps en temps projeté 20 ans en arrière, dans une sous-section du Parti socialiste, debout sur une chaise à hurler dans un meeting du RPR ou couché derrière un leader Maximo qui déraille tranquillement pendant que ses compagnons de route vous aboient furieusement dans les oreilles. Plantée au milieu, l’extrême-droite française les imite. Elle fait figure d’un coq rouillé. Sans doute lui aussi le coq le plus bête du monde. Ces parasites de l’avenir sont les meilleurs alliés objectifs des islamistes. Ils viennent à vous avec le sourire de Marianne et repartent le couteau du diable entre les dents. Ils prétendent lutter contre l’extrême droite d’une main et arrosent copieusement ses plantes de l’autre. Leur fumier naturel agit tranquillement et depuis Mitterrand, depuis le règne du Sphinx opiomane, rien n’a vraiment changé. Chacun dans sa petite écurie méprise les autres, qui le lui rendent bien. Ainsi vivent les rats.

Ce qui nous manque, c’est une stratégie. Il ne sert à rien de crier à la défense de principes qui sont attaqués de toutes part et en premier lieu, par ceux qui sont censés les défendre. Le projet de loi pour une « Société de confiance» et la modification qu’il institue de la Loi de 1905 sont des marqueurs beaucoup plus inquiétants que les déclarations pathétiques d’un président de la République qui aime tant stigmatiser et mentir pour traîner à terre les laïques. Macron n’a pas les moyens de faire face à l’islamisme pour une raison assez simple : il n’en n’a pas le courage. Il préférera que la terre tremble et se dérobe sous ses pieds plutôt que d’agir de manière effective contre l’islamisme. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est aussi l’entourage et la construction des idées – force d’une communication au service du temps court. «Le Maître des horloges» est une supercherie, une arnaque digne d’une analyse de BFM. Elle imite la sphinxitude mitterrandienne. Il n’y a de pouvoir que par la médiocrité des autres et tout le bateau, ivre, coule. Lors de la campagne puis, aujourd’hui, l’entourage de Macron se caractérise par sa médiocrité et n’a aucune conscience des enjeux de la question de l’islamisme. Le seul problème politique est qu’il n’a de leçon à recevoir d’aucun autre Parti d’opposition. C’est à nous de faire vivre ces questions. La sortie ubuesque de Macron n’est pas un hasard. Elle tend à démontrer que nous dérangeons beaucoup. Nous faisons du bruit parce qu’au dehors, il n’y a rien d’autre que le silence.C’est bien là que réside notre force. La société a peur de ses silences.

Nous allons nous organiser avec le temps autour d’actions et de causes. Mais le dénominateur commun dépasse le simple problème d’organisation. Nous devons faire mieux que déranger. Pour cela, il n’y a pas d’autre solution que de grandir en face des islamistes et d’utiliser les mêmes moyens. Dans les années 90, les premières campagnes islamistes en France prenaient la forme d’expéditions postales de 100, 200, parfois 500 photocopies de cartes d’électeurs. Pour obtenir une salle, une subvention, une aide, les islamistes n’hésitent plus à peser en local et même au-delà par la visibilité et la démonstration de leur poids électoral, générant le fantasme du «vote musulman» qui n’en est pas moins efficace pour obtenir ce qu’ils veulent. Lançons également nos campagnes partout, dans chaque quartier ou ville. Pour cela nous avons besoin d’être visibles. Si à l’occasion de chaque construction d’école cornique, de chaque bail emphytéotique nébuleux, de chaque action d’entrisme dans le monde associatif, nous étions visibles, ils n’entendraient que notre force. Les islamistes sont divisés sur la question du vote. Nous aussi. Mais ils savent très bien ce que représente une carte électorale, tamponnée ou non. C’est une menace et il n’y a que par le poids de la menace électorale que nous obtiendrons quelque chose des politiques. De Mélenchon à Macron, même combat.

PS : Cher Père Niel, je sais, vous savez, que Macron fera une petite déclaration « en même temps » sur la laïcité qui rassurera les plus courageux d’entre nous pendant au moins… 4 jours. Mais par pitié, épargnez moi ce cirque. D’avance, merci.

Céline Pina, poursuivie en diffamation par l’association Lallab. Judiciarisation du débat public ou confiscation du débat …

Qu’y a-t-il de commun entre Soufiane Zitouni – ex-professeur de philosophie au lycée Averroès, Mohamed Louizi – blogueur et écrivain, Pascal Bruckner – essayiste, Jeannette Bougrab – ancienne secrétaire d’Etat et essayiste, Georges Bensoussan – historien et responsable au Mémorial de la Shoah, ou Ahmed Meguini – blogueur et président-fondateur de LaïcArt ?

Tous sont des universalistes, des républicains et défendent la laïcité. Tous dénoncent la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme dans notre pays. Et tous se sont retrouvés devant des tribunaux pour répondre aux accusations de diffamation ou d’incitation à la haine raciale. Qui a saisi la justice pour ces motifs ? Amar Lasfar – ancien président de l’UOIF, Marwan Muhammad – ancien président du CCIF, les Indivisibles (dont Rokayah Diallo est fondatrice), le Parti des Indigènes de la République (PIR) et Jacques Parent – ancien maire PS.

Tous les prévenus ont été relaxés. A chaque fois, la justice a souligné le droit fondamental à la liberté d’expression, c’est à dire la légitimité de la polémique, du débat, de l’exercice de l’esprit critique. Un tribunal n’a pas à dire si une idée, une thèse, un essai, un article, une phrase sont justes ou bancals. En revanche, il doit juger s’il y a diffamation ou intention de provoquer la haine raciale. Rappelons ici notre consternation qu’on ait pu amener une juridiction à disserter sur le fait de savoir si l’expression ‘nourri à la mamelle de la haine’ antisémite équivalait à l’expression ‘téter le lait de l’antisémitisme au sein de sa mère’, au procès de Georges Bensoussan en janvier dernier…

Un tribunal n’est pas le lieu où l’on débat, où l’on valide une thèse ou une pensée, où on la met en doute. Que les idées fassent consensus ou suscitent la controverse est le propre d’une saine société démocratique, comme l’a rappelé à de nombreuses reprises la Cour Européenne des droits de l’homme.

Comment donc appeler ce déferlement de procès qui touchent des personnalités qui ne font qu’exercer leur droit le plus strict de s’exprimer ?

Un procès, même s’il est gagné, a un coût. Mohamed Louizi précise qu’en deux ans, ses frais d’avocat se sont élevés à 19 000 €. On mesure parfaitement les conséquences qui guettent ceux qui commettent des Tweets ou des articles dont le seul tort est de déplaire à d’autres. Saluons d’ailleurs la pugnacité de Mohamed Louizi qui, malgré quatre procès, est déterminé à ne pas se taire. Car la menace qui sourd derrière ces tracas judiciaires, c’est l’autocensure. Par crainte d’un procès, essayistes, blogueurs et intellectuels, pourraient renoncer à s’exprimer sur l’islamisme et le nouvel antiracisme.

Aujourd’hui, nous apprenons que l’association Lallab poursuit Céline Pina – essayiste et co-fondatrice de Viv(r)e La République – pour diffamation suite à un article paru dans le FigaroVox[1], il y a maintenant presque trois mois. Est reproché à Céline Pina le choix du mot ‘islamiste’ à propos de cette association. Rappelons que Lallab, qui se dit féministe et défend le symbole de l’impureté et de l’infériorité des femmes – le voile – au nom de la liberté, se réfère à deux figures musulmanes, l’une proche de Tariq Ramadan, l’autre membre du parti islamiste Ennahda en Tunisie[2].

En attaquant les défenseurs de la laïcité et des valeurs républicaines, le djihad judiciaire cherche à fragiliser ce qui nous tient. En cherchant à faire taire ces voix, c’est la République que l’on cherche à affaiblir.

C’est donc à chaque citoyen de prendre conscience de ce qui est en jeu. S’exprimer, utiliser la liberté d’expression devient un devoir ; celui de défendre cette liberté fondamentale en l’exerçant pleinement. Et sans subir les intimidations et les abus du droit d’ester en justice de ceux qui utilisent le recours aux tribunaux pour faire taire les démocrates et les républicains.

LaïcArt tenait à exprimer tout son soutien et sa solidarité à Céline Pina, et à l’assurer de sa détermination à poursuivre avec elle et son association amie ses objectifs communs.

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/23/31003-20170823ARTFIG00098-celine-pina-l-etat-doit-denoncer-clairement-l-association-lallab-laboratoire-de-l-islamisme.php

[2] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11198