Afrin : la photo de notre honte

Il y a plus de cinq ans, nous étions, parmi ceux qui, ne revendiquant aucune autre expertise que la raison et le doute, dénonçaient la politique française au Moyen Orient et en Syrie.

Nous disions nos doutes quant à la soi-disant armée syrienne libre. Nous disions à quel point celle-ci vectorise des groupes qui sont les frères jumeaux de DAECH.

Depuis plus de cinq ans, en notre nom et pour notre compte, nous accumulons les erreurs politiques et les fautes morales. Aujourd’hui, nous culminons vers des sommets d’indignité.

Désormais, les Français ont pour beaucoup compris ce que signifie une guerre. Ils ont compris que les Syriens ne sont pas «pro» ou « anti», mais qu’ils se battent pour leur pays en proie à l’islamisme.

Ils ont compris ce que l’islamisme instille dans la politique puis la guerre, de complexité, puis d’horreur.

Ils ont compris la signification de ce drapeau de l’armée syrienne «libre» qui flotte aux côtés du drapeau turc depuis ce matin, à Afrin.

Mais il est trop tard.

Il est trop tard pour regretter ces kilomètres de propagande, quand Alep EST était, comme Mossoul, sous le joug des islamistes. Lorsque nous en étions à soutenir dans les médias des coupeurs de têtes et des violeurs obscènes qui perdaient sous les bombes russes le pouvoir qu’ils avaient pris sur une population meurtrie. Trop tard pour regretter cette paralysie organisée des opinions publiques sur un sujet qui les engagent pour l’avenir, malgré elles. Observons bien cette photo. Gardons la en mémoire. Elle est désormais un visage de l’histoire. Elle nous fait honte.