COEXISTER : défense de la laïcité ou promotion d’un œcuménisme idéologique ?

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Le vendredi 8 mars 2018 avait lieu à la Communauté Spiritaine, dans le 5e arrondissement de Paris, une conférence de l’association Coexister qui présentait la troisième édition de l’InterFaith Tour.

Qu’est-ce que Coexister ?

Coexister est une association loi 1901 qui, selon sa page Facebook[1], « est un mouvement de jeunesse apartisan et aconfessionel qui promeut la Coexistence Active en utilisant une méthode d’éducation par les pairs auprès de jeunes entre 15 et 35 ans. »

Définition très floue, qui ne permet pas vraiment de comprendre de quoi il retourne. Retenons pour l’instant que Coexister se présente comme une association qui ne revendique ni n’affiche aucune idéologie et aucune religion. Première chose que nous examinerons. Seconde chose, la « coexistence ».

Pour Coexister, la « coexistence » est « une méthode interactive qui crée du vivre-ensemble en s’appuyant sur les différences. Les différences se complètent et favorisent la compréhension de l’autre et de soi par l’interaction entre identité et altérité. ». Leur concept, donc ? La coexistence des différences identitaires, considérées comme complémentaires.

Mais de quelles « différences » est-il ici question ? « Diversité de convictions, unité dans l’action ». « Des jeunes de tous horizons culturels et de toutes convictions s’engagent pour la promotion d’une société laïque respectueuse et riche de sa diversité religieuse. ». Cela signifie que pour Coexister, une société laïque est une société de diversité religieuse. La laïcité consisterait en la coexistence de différentes religions, en tout cas des trois monothéismes. Bref, la laïcité serait l’autre nom de l’œcuménisme.

Or, que produit l’œcuménisme, en tant que principe du « vivre ensemble » ? Il produit une société quadrillée par des communautés religieuses, et non une société qui s’émancipe des identités religieuses pour proposer un cadre libre, où l’individu peut exister par lui-même, indépendamment de ses particularismes.

Car quid de ceux qui n’ont pas de religion ? De ceux qui en sortent ? De ceux qui s’en moquent ? Ils n’existent pas dans ce modèle de coexistence oecuménique. Sans même parler des athées, cette « coexistence des religions » oublie tous ceux qui refusent de se définir par leur appartenance ou leur non-appartenance religieuse. Coexister prône donc un modèle politique, c’est-à-dire une organisation de la Cité (ce qui prouve que loin d’être « apartisane », elle défend au contraire un véritable parti-pris), fondée sur la segmentation de la société en communautés religieuses vivant côte à côte. Une société qui de ce fait ne prend pas en compte ceux qui n’entendent pas se définir par le rapport qu’ils entretiennent à la religion.

Il ne s’agit pas ici de laïcité, mais de tolérance, ce qui n’est pas la même chose.

Pourquoi parlons-nous ici de tolérance ?

Appuyons-nous sur le texte de John Locke (1632-1704), philosophe anglais moderne, dont la pensée contribua à l’émergence du libéralisme. Dans sa Lettre sur la tolérance de 1690, le philosophe étudie la relation entre la cité céleste et la cité terrestre, entre le religieux et le politique. Témoin des troubles religieux et politiques qui ont marqué l’Angleterre du XVIIIème siècle, Locke réfléchit aux moyens de maintenir la paix au sein d’une société où existent plusieurs sectes protestantes. En opposition à son contemporain Thomas Hobbes (1588-1679), auteur du célèbre Léviathan, Locke pense que, pour obtenir la paix civile entre les religions, l’Etat ne doit pas se mêler des questions religieuses. Toutes les confessions, chrétiennes dans le contexte de Locke, doivent coexister au sein de la société civile. Mais ce modèle a ses limites : en sont exclus les athées (car nous dit Locke, ils ne croient pas et ne sont à ce titre pas fiables), et les catholiques qui sont « soumis » au Pape, donc à une puissance extérieure.

Le principe politique de la tolérance vise la coexistence des confessions, mais il exclut ceux qui n’en ont pas ou qui, s’ils en ont une, ne veulent pas être définis par elle. En outre, il définit les rapports sociaux par le prisme de la religion. La tolérance en tant que principe politique va à l’encontre du principe laïque, qui suppose au contraire que l’individu ne se définisse plus par sa religion (pas plus qu’il ne se définit par son sexe ou son appartenance ethnique), mais par sa raison et son libre-arbitre.

Coexister par ailleurs a recours au terme de « conviction ». Avoir des convictions, c’est considérer ses croyances comme certaines. Ainsi, nous aurions tous des convictions, des croyances auxquelles nous prêtons foi. Et il faudrait que ces croyances, ces certitudes, coexistent. Selon Coexister, l’agnosticisme, l’athéisme, seraient ainsi des convictions, au même titre que les croyances religieuses. En d’autres termes, toute thèse, toute opinion, dès lors qu’elle relève de la conviction, n’existerait en réalité, en positif ou en négatif, que par rapport à la question religieuse. Nous avons ici affaire au relativisme (tout se vaut, dès qu’il s’agit de « conviction »), à une posture idéologique et partisane qui prétend ramener à la religion toutes les positions sur le sujet, y compris celles qui nient l’existence de Dieu.

2) Qu’est-ce que l’InterFaith Tour ?

La page Facebook de l’événement[2] présente l’InterFaith Tour 2017/2018 : « De juillet 2017 à février 2018, ces jeunes de convictions différentes (juif, musulman, athée et chrétien) sont partis autour du monde à la découverte d’une centaine d’actions et d’initiatives interreligieuses. Ils ont aussi expérimenté leur quotidien en commun pendant 7 mois. Avez-vous déjà imaginé vivre 24h/24 ensemble lorsque que l’on a des pratiques et des modes de vie différents ? De mars à mai, ils entament une tournée de conférences pour témoigner de leurs expériences lors de cet incroyable voyage ! »

Ce sont 4 jeunes de convictions différentes qui partent à la recherche d’initiatives œuvrant pour le vivre-ensemble et la coopération inter-convictionnelle pendant 7 mois dans 20 pays. Leur but ? Recenser, promouvoir, connecter et créer des contenus pédagogiques. »

Nous voyons que la rhétorique néo-lockienne est de nouveau employée via l’idée de « conviction ». Nous avons déjà relevé que l’« athéisme » est considéré comme une conviction et que seuls les trois monothéismes sont représentés.

Donc, nous pouvons dire que l’InterFaith Tour est une sorte de circuit-Club Med-œcuménique-des monothéismes-et-de-l’athéisme-en-vadrouille-dans-le monde. L’athéisme y figure en tant que repoussoir, puisque le critère identitaire majeur demeure le critère religieux.

3) La conférence du 8 mars 2018

Dans la salle, des produits dérivés sont proposés à la vente.

La salle se remplit lentement, mais sûrement. Il y a du monde, la salle est pleine.

En guise d’introduction, Samuel Grzybowski, fondateur de Coexister, fait un speech tout sourire, content que son association ait pu être présentée à 95.000 écoliers, collégiens et lycéens.

Il évoque ensuite le premier « exercice », petit jeu par lequel l’association débute toujours ses interventions en milieu scolaire. Il s’agit pour les élèves, face aux quatre animateurs-Coexister, de jouer aux devinettes : qui est qui ? Autrement dit, qui est le musulman, qui est le juif, le catholique et l’athée ? Le but de la manoeuvre : déjouer les préjugés… Et oui, quelle surprise : on n’a pas forcément le visage de sa religion ! Ceci pour prouver que la religion n’est pas liée à une quelconque dimension ethno-morphologique (la « race » diraient certains). En conséquence de quoi, il ne saurait exister de « racisme » envers une religion.

Il est fort louable que Coexister nous apprenne ainsi que le racisme anti religieux n’est pas possible.

Après cette mise en bouche, le cœur de sujet : la troisième édition du tour du monde « interconvictionnel ». Un musulman, un catholique, une juive et une athée ont donc parcouru 20 pays différents (deux semaines par pays), rencontrant des gens qui pratiquent « l’interconvictionnalité ». Découvertes, regards croisés sur les initiatives de dialogues inter religieux et inter communautaires.

Notre quatuor en a rapporté des petits films, des interviews et des souvenirs de voyage rigolos. Dans une ambiance extatique tout à fait comparable à celle qui caractérise les cultes évangélistes américains, les protagonistes nous relatent une série d’anecdotes, pittoresques et plus ou moins intéressantes.

Quels pays ont-ils parcourus ? S’agit-il de pays où des minorités sont discriminées, persécutées en raison de leur religion ou de leur athéisme ? Non. Pas de Maghreb, pas d’Afrique subsaharienne, pas d’Asie centrale.

En revanche, les USA, le Mexique, Cuba, le Pérou, la Nouvelle-Zélande, Madagascar, l’Estonie, la Finlande… Autant de pays où la question du religieux n’est pas ou plus une source de conflit, si on excepte le Liban et le Sri Lanka.

De leur passage au Liban et au Sri Lanka justement, on aurait pu espérer des jeunes gens une ébauche de critique et de réflexion sur ce qu’est le communautarisme et sur ce qu’il a pu produire de pire, à savoir les guerres religieuses des 40 dernières années au Liban et la purge des Tigres Tamouls au Sri Lanka, à la fin des années 2010. Mais de ça bien sûr, il n’est nullement question. On se demande alors quelles auraient été les réactions du quatuor au Pakistan, en Arabie saoudite, en Egypte ou en Mauritanie…..

Seul petit bémol à cette peinture béatement idyllique : une jeune fille évoque tout de même les difficultés qu’elle-même et sa coéquipière ont rencontrées au Liban, subissant les « regards sales » de certains hommes et leurs insultes en arabe. Qu’en concluent-elles ? Quelle réflexion en tirent-elles ? Nada. Rien. Tout au plus peuvent-elles dire que c’est un pays un peu machiste : aucune corrélation avec le contexte religieux.

À la fin de la conférence, c’est l’heure de la quête.

Les intervenants font appel à la générosité du public pour le prochain voyage : il manque 20.000 €. Un des intervenants vient pourtant de protester contre les maigres 5000 € alloués à un prêtre catholique qui s’occupe d’une décharge à Madagascar… Et Coexister de vendre ses produits dérivés et d’inciter aux dons, lesquels ouvrent droit à des réductions fiscales.

Qu’une association promeuve l’interconvictionnalité, nouveau nom de l’œcuménisme, relève d’un prosélytisme idéologique qui n’est pas en soi condamnable, marchandise parmi d’autres sur le vaste marché du religieux.

Que Coexister interprète la laïcité comme un dialogue inter-religieux impliquant une vision communautariste à l’anglo-saxonne dérivée de la vision lockienne, qu’elle milite pour cette conception idéologique, ne pose pas problème. Nous sommes en démocratie ! Chacun est libre de diffuser son agit-prop. Le problème réside plutôt dans la confusion délibérée qui est entretenue entre œcuménisme et laïcité.

Car cette vision anglo-saxonne évacue complètement le lien indissociable qui unit notre laïcité à notre République, dans laquelle la citoyenneté de chaque individu prévaut, et non sa croyance ou son incroyance. La République française ne reconnaît aucune communauté, elle ne reconnaît que des individus qui ont acceptent la loi commune. Autrement dit, la République Française se fonde sur la non prise en compte des appartenances confessionnelles. Le modèle vanté par Coexister est donc l’antithèse de la laïcité républicaine française.

Il est donc très problématique que la vision militante et faussée de la laïcité de Coexister soit dispensée dans les écoles, collèges et lycées, le tout avec le financement du contribuable.

Quand on sait par ailleurs que Coexister promeut le HijabDay, qu’elle tient un stand au Rassemblement annuel des musulmans de France (RAMF) organisé par l’UOIF (vitrine des Frères musulmans en France) et qu’elle affiche sa proximité avec des associations comme le CCIF, Lallab, etc.[3], on ne peut qu’être inquiet des risques d’entrisme frériste.

La jeunesse est pour la liberté et la paix. Lui faire avaler la pilule du communautarisme, l’obliger à envisager l’autre et la société uniquement par le prisme du religieux, la séduire par une gentillesse débordante, des sourires béats, et un discours contre « la haine » et pour « l’ouverture aux autres », s’apparente à un sabordage insidieux des piliers qui nous constituent. Coexister fait du prosélytisme idéologique en diffusant une propagande oecuménique sous couvert de discours sur la laïcité. Coexister diffuse un modèle communautariste religieux d’inspiration lockienne avec les deniers et le soutien de l’Etat.

Il s’agit là de la vitrine clinquante et propre sur elle d’un modèle culturel qui, en réalité, est antinomique au modèle français. La où la France émancipe l’individu en le sortant de son carcan communautaire, celui-ci le réduit à une étiquette confessionnelle. L’association en outre banalise – consciemment ou pas – l’islamisme des Frères musulmans en promouvant la visibilité dans l’espace public du dogme religieux, rejoignant en cela les prescriptions fréristes d’un islamisme en tant que fait social, politique et religieux.

Pierre-Rodolphe Tran Van et Sophie Valles

 

Annexes

Texte de présentation de Coexister sur Facebook :

Coexister est un mouvement de jeunesse apartisan et aconfessionel qui promeut la Coexistence Active en utilisant une méthode d’éducation par les pairs auprès de jeunes entre 15 et 35 ans. La coexistence active est une méthode interactive qui crée du vivre-ensemble en s’appuyant sur les différences. Les différences se complètent et favorisent la compréhension de l’autre et de soi par l’interaction entre identité et altérité. Ainsi, la cohésion sociale est créée non plus « malgré » mais « grâce » aux différences. Pour les jeunes de Coexister, le parcours en trois étapes successives, vécues systématiquement en commun, permet de mettre en œuvre cette coexistence : * Le dialogue qui permet d’apprendre à se connaître * La solidarité qui permet de dépasser le simple cadre du dialogue en agissant ensemble, au service de la société * La sensibilisation qui permet à ces jeunes de devenir des agents de la coexistence active. Tout ce processus est accompagné par des modules de formation dispensés dans un cadre facilitant la co-éducation de ces jeunes sans distinction de genre, de convictions et d’origines. NOTRE SPECIFICITE Derrière la devise « Diversité de convictions, unité dans l’action », des jeunes de tous horizons culturels et de toutes convictions s’engagent pour la promotion d’une société laïque respectueuse et riche de sa diversité religieuse. Contrairement à d’autres structures interreligieuses existantes, Coexister n’est pas simplement une association de dialogue. Pour Coexister, l’interconvictionnel est avant tout un outil pour mieux vivre ensemble. Reconnue d’intérêt général, l’association Coexister regroupe aujourd’hui plus de 2500 adhérents dont 350 jeunes en responsabilité dans près de 45 groupes locaux en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne et en Angleterre. Nos ateliers en milieu scolaire ont déjà permis la rencontre de près de 70 000 jeunes, sensibilisés à la laïcité, à la liberté de conscience et à la liberté d’expression. DE FORTES PERSPECTIVES D’ÉVOLUTION Nous voulons développer notre maillage territorial, notamment dans les quartiers prioritaires, et répondre efficacement aux nombreuses sollicitations en nous appuyant sur nos partenaires : l’Observatoire de la laïcité, l’Elysée, le CESE, l’Agence du Service Civique, ou encore le Conseil de l’Europe. Notre objectif est de passer de 45 à plus de 100 groupes d’ici deux ans et à 100 000 jeunes sensibilisés par année scolaire. C’est la multiplication de nos actions concrètes sur le terrain qui fera de Coexister un acteur incontournable de la promotion du vivre-ensemble et de la pédagogie de la laïcité auprès des jeunes. POURQUOI SOUTENIR ET REJOINDRE COEXISTER ? Bien avant qu’émerge le mouvement citoyen du 11 janvier, nous avons traduit par nos actes et sur le terrain l’esprit qui animait les cortèges. Chacun de nos groupes apporte les réponses concrètes aux incompréhensions qui engendrent trop souvent la haine et la violence. Dans le climat actuel, il est plus que jamais nécessaire de proposer des espaces neutres et citoyens de rencontres et d’actions entre jeunes de tous horizons pour créer de la cohésion sociale.

[1] https://www.facebook.com/pg/coexister.paris.sud/about/?ref=page_internal page consultée le 10/03/2108. Texte complet en annexe .

[2] https://www.facebook.com/events/181103109315309/ page consultée le 10/03/2018.

[3] Pour rappel, Coexister est la branche française du Global Interfaith Youth Network – Religion for peace qui en 2015 avait pour présidente honoraire Meherzia Labidi, députée tunisienne Ennahda et comme membre du CA Abdallah Ben Baya, ancien vice-président de l’Union des Ulémas de Youssef Al Qaradawi… Coexister est bien sûr adoubée par l’Observatoire de la laïcité de Bianco-Cadène (Source Prochoix).

Charb lu à Paris-Diderot : “Mais que se passe-t-il en France ?”

C’est le cri lancé par une universitaire grecque lors du débat qui a suivi la lecture-spectacle du texte de Charb par Gérald Dumont à Paris-Diderot. « Je viens d’un pays où un parti néo-nazi- Aube Dorée – a tenté d’interdire la représentation de Corpus Christi. Et c’est l’Etat qui a défendu la pièce. Que se passe-t-il en France pour qu’un spectacle à l’Université puisse être menacé de censure par des étudiants sans qu’il soit défendu par les autorités ? »

Personne n’a pu répondre à cette question… Pour Marika Bret de Charlie Hebdo, il est effectivement plus simple de dire le texte de Charb dans des collèges, lycées ou centres sociaux qu’à l’Université. Lille2 a interdit la représentation par crainte de troubles à l’ordre public. A Valenciennes, la Préfecture a exigé qu’aucune communication ne soit faite pour annoncer l’événement. Résultat, Gérald Dumont a joué devant une salle quasiment vide.

A Paris-Diderot, suite à la demande d’annulation par le syndicat étudiant Solidaires, la direction a tenu bon. Saluons ici la fermeté de sa présidente Christine Clerici. La soirée s’est déroulée dans la sérénité. Seule une vingtaine d’étudiants opposés à la tenue de ce spectacle-débat se sont rassemblés sur le trottoir avant la représentation.

« Que se passe-t-il en France ? » Une jeune étudiante iranienne a reposé la question lors du débat. Nouée par l’émotion, elle a évoqué la sidération de sa famille lors des attentats de 2015, alors que les siens se sont réfugiés dans notre pays pour échapper à une condamnation à mort de son père… Une enseignante a témoigné qu’à Paris X Nanterre – université devenue pour elle « un relais du Pir » – il avait été impossible d’afficher le poster ‘Je suis Charlie’. Et d’ajouter « je vais proposer votre spectacle mais je sais que ce sera refusé ». Pour Marika Bret et Gérald Dumont, si on part perdant, autant abandonner la bataille… Un prof de philo d’un lycée de banlieue a reconnu que le silence permettait d’éviter les sujets qui fâchent entre collègues…

Quelles conclusions pour cette soirée ?

Une poignée d’étudiants a tenté d’interdire un spectacle et un débat à l’Université Paris-Diderot qui a tenu bon. Le relais de cette information dans les médias et les réseaux sociaux a payé. L’amphithéâtre – malheureusement rempli par des non-étudiants – était plein. Le spectacle a eu lieu. Le débat aussi. Et parfois houleux lors de prises de paroles d’étudiants se revendiquant de l’Union française juive pour la paix, ou d’un étudiant ‘musulman’ qui a qualifié l’humour de Charlie Hebdo « d’humour de lâches »

Oui, l’Université est traversée par la mouvance indigéniste, décoloniale et par l’islamisme. A nous – associations de défense de la laïcité et des valeurs républicaines – de relayer ce qu’il s’y passe et de soutenir les enseignants désemparés par le silence de leur direction et la démission citoyenne de leurs collègues. Parce qu’en 2018 en France, il est inacceptable qu’on doive recourir au contrôle d’identité des spectateurs, à la protection de CRS, à un service d’ordre renforcé et à un portique de sécurité pour assurer dans une Université, la tenue d’un spectacle et d’un débat devant 160 personnes…

Radicalisation de la bêtise politique contre indignation citoyenne : qui l’emportera ?

Par Charles Meyer

Ça va la descente ? Pas trop douloureux ? Et oui… Le type qu’on a élu il y a six mois se radicalise dans le déshonneur. Il faut être assez lâche pour traîner dans la boue les républicains et caresser les islamistes, de l’autre main. Quel cirque humain, tout de même. Voici que désemparés, certains font mine de découvrir que Macron est une calamité. Quand les quelques groupies sous LSD auront fui, précédés des réalistes, il ne restera que les rats, c’est à dire les convertis de la dernière heure, déjà habitués à sucer la première chaussette qu’on leur jette à la figure. Les gens bien seront ailleurs, c’est à dire comme nous, nulle part.

Depuis deux ans, nous sommes un certain nombre à penser que rien ne sera plus efficace que de retourner les armes de l’islamisme contre lui-même. Les raisons à cela sont multiples et d’une évidence élémentaire. Le champ politique est tout d’abord à l’abandon. C’est un vieux terrain en friche, délaissé depuis trop longtemps pour qu’à si peu, nous puissions le rendre praticable dans un délai raisonnable, en rapport avec l’urgence de la situation. Les rats qui infestent ce terrain vous mordent aux chevilles, tandis que la cohabitation avec les nouveaux blaireaux autochtones s’avère des plus pénibles, en attendant qu’ils deviennent, eux aussi, des rats, quand ils seront grands, affranchis et dépucelés par leurs congénères cannibales. Bref, nous avons tous croisé les mêmes profils dans l’engagement civique qui nous mène ensemble depuis des mois, avec cette sensation étrange de se retrouver de temps en temps projeté 20 ans en arrière, dans une sous-section du Parti socialiste, debout sur une chaise à hurler dans un meeting du RPR ou couché derrière un leader Maximo qui déraille tranquillement pendant que ses compagnons de route vous aboient furieusement dans les oreilles. Plantée au milieu, l’extrême-droite française les imite. Elle fait figure d’un coq rouillé. Sans doute lui aussi le coq le plus bête du monde. Ces parasites de l’avenir sont les meilleurs alliés objectifs des islamistes. Ils viennent à vous avec le sourire de Marianne et repartent le couteau du diable entre les dents. Ils prétendent lutter contre l’extrême droite d’une main et arrosent copieusement ses plantes de l’autre. Leur fumier naturel agit tranquillement et depuis Mitterrand, depuis le règne du Sphinx opiomane, rien n’a vraiment changé. Chacun dans sa petite écurie méprise les autres, qui le lui rendent bien. Ainsi vivent les rats.

Ce qui nous manque, c’est une stratégie. Il ne sert à rien de crier à la défense de principes qui sont attaqués de toutes part et en premier lieu, par ceux qui sont censés les défendre. Le projet de loi pour une « Société de confiance» et la modification qu’il institue de la Loi de 1905 sont des marqueurs beaucoup plus inquiétants que les déclarations pathétiques d’un président de la République qui aime tant stigmatiser et mentir pour traîner à terre les laïques. Macron n’a pas les moyens de faire face à l’islamisme pour une raison assez simple : il n’en n’a pas le courage. Il préférera que la terre tremble et se dérobe sous ses pieds plutôt que d’agir de manière effective contre l’islamisme. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est aussi l’entourage et la construction des idées – force d’une communication au service du temps court. «Le Maître des horloges» est une supercherie, une arnaque digne d’une analyse de BFM. Elle imite la sphinxitude mitterrandienne. Il n’y a de pouvoir que par la médiocrité des autres et tout le bateau, ivre, coule. Lors de la campagne puis, aujourd’hui, l’entourage de Macron se caractérise par sa médiocrité et n’a aucune conscience des enjeux de la question de l’islamisme. Le seul problème politique est qu’il n’a de leçon à recevoir d’aucun autre Parti d’opposition. C’est à nous de faire vivre ces questions. La sortie ubuesque de Macron n’est pas un hasard. Elle tend à démontrer que nous dérangeons beaucoup. Nous faisons du bruit parce qu’au dehors, il n’y a rien d’autre que le silence.C’est bien là que réside notre force. La société a peur de ses silences.

Nous allons nous organiser avec le temps autour d’actions et de causes. Mais le dénominateur commun dépasse le simple problème d’organisation. Nous devons faire mieux que déranger. Pour cela, il n’y a pas d’autre solution que de grandir en face des islamistes et d’utiliser les mêmes moyens. Dans les années 90, les premières campagnes islamistes en France prenaient la forme d’expéditions postales de 100, 200, parfois 500 photocopies de cartes d’électeurs. Pour obtenir une salle, une subvention, une aide, les islamistes n’hésitent plus à peser en local et même au-delà par la visibilité et la démonstration de leur poids électoral, générant le fantasme du «vote musulman» qui n’en est pas moins efficace pour obtenir ce qu’ils veulent. Lançons également nos campagnes partout, dans chaque quartier ou ville. Pour cela nous avons besoin d’être visibles. Si à l’occasion de chaque construction d’école cornique, de chaque bail emphytéotique nébuleux, de chaque action d’entrisme dans le monde associatif, nous étions visibles, ils n’entendraient que notre force. Les islamistes sont divisés sur la question du vote. Nous aussi. Mais ils savent très bien ce que représente une carte électorale, tamponnée ou non. C’est une menace et il n’y a que par le poids de la menace électorale que nous obtiendrons quelque chose des politiques. De Mélenchon à Macron, même combat.

PS : Cher Père Niel, je sais, vous savez, que Macron fera une petite déclaration « en même temps » sur la laïcité qui rassurera les plus courageux d’entre nous pendant au moins… 4 jours. Mais par pitié, épargnez moi ce cirque. D’avance, merci.

Céline Pina, poursuivie en diffamation par l’association Lallab. Judiciarisation du débat public ou confiscation du débat …

Qu’y a-t-il de commun entre Soufiane Zitouni – ex-professeur de philosophie au lycée Averroès, Mohamed Louizi – blogueur et écrivain, Pascal Bruckner – essayiste, Jeannette Bougrab – ancienne secrétaire d’Etat et essayiste, Georges Bensoussan – historien et responsable au Mémorial de la Shoah, ou Ahmed Meguini – blogueur et président-fondateur de LaïcArt ?

Tous sont des universalistes, des républicains et défendent la laïcité. Tous dénoncent la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme dans notre pays. Et tous se sont retrouvés devant des tribunaux pour répondre aux accusations de diffamation ou d’incitation à la haine raciale. Qui a saisi la justice pour ces motifs ? Amar Lasfar – ancien président de l’UOIF, Marwan Muhammad – ancien président du CCIF, les Indivisibles (dont Rokayah Diallo est fondatrice), le Parti des Indigènes de la République (PIR) et Jacques Parent – ancien maire PS.

Tous les prévenus ont été relaxés. A chaque fois, la justice a souligné le droit fondamental à la liberté d’expression, c’est à dire la légitimité de la polémique, du débat, de l’exercice de l’esprit critique. Un tribunal n’a pas à dire si une idée, une thèse, un essai, un article, une phrase sont justes ou bancals. En revanche, il doit juger s’il y a diffamation ou intention de provoquer la haine raciale. Rappelons ici notre consternation qu’on ait pu amener une juridiction à disserter sur le fait de savoir si l’expression ‘nourri à la mamelle de la haine’ antisémite équivalait à l’expression ‘téter le lait de l’antisémitisme au sein de sa mère’, au procès de Georges Bensoussan en janvier dernier…

Un tribunal n’est pas le lieu où l’on débat, où l’on valide une thèse ou une pensée, où on la met en doute. Que les idées fassent consensus ou suscitent la controverse est le propre d’une saine société démocratique, comme l’a rappelé à de nombreuses reprises la Cour Européenne des droits de l’homme.

Comment donc appeler ce déferlement de procès qui touchent des personnalités qui ne font qu’exercer leur droit le plus strict de s’exprimer ?

Un procès, même s’il est gagné, a un coût. Mohamed Louizi précise qu’en deux ans, ses frais d’avocat se sont élevés à 19 000 €. On mesure parfaitement les conséquences qui guettent ceux qui commettent des Tweets ou des articles dont le seul tort est de déplaire à d’autres. Saluons d’ailleurs la pugnacité de Mohamed Louizi qui, malgré quatre procès, est déterminé à ne pas se taire. Car la menace qui sourd derrière ces tracas judiciaires, c’est l’autocensure. Par crainte d’un procès, essayistes, blogueurs et intellectuels, pourraient renoncer à s’exprimer sur l’islamisme et le nouvel antiracisme.

Aujourd’hui, nous apprenons que l’association Lallab poursuit Céline Pina – essayiste et co-fondatrice de Viv(r)e La République – pour diffamation suite à un article paru dans le FigaroVox[1], il y a maintenant presque trois mois. Est reproché à Céline Pina le choix du mot ‘islamiste’ à propos de cette association. Rappelons que Lallab, qui se dit féministe et défend le symbole de l’impureté et de l’infériorité des femmes – le voile – au nom de la liberté, se réfère à deux figures musulmanes, l’une proche de Tariq Ramadan, l’autre membre du parti islamiste Ennahda en Tunisie[2].

En attaquant les défenseurs de la laïcité et des valeurs républicaines, le djihad judiciaire cherche à fragiliser ce qui nous tient. En cherchant à faire taire ces voix, c’est la République que l’on cherche à affaiblir.

C’est donc à chaque citoyen de prendre conscience de ce qui est en jeu. S’exprimer, utiliser la liberté d’expression devient un devoir ; celui de défendre cette liberté fondamentale en l’exerçant pleinement. Et sans subir les intimidations et les abus du droit d’ester en justice de ceux qui utilisent le recours aux tribunaux pour faire taire les démocrates et les républicains.

LaïcArt tenait à exprimer tout son soutien et sa solidarité à Céline Pina, et à l’assurer de sa détermination à poursuivre avec elle et son association amie ses objectifs communs.

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/23/31003-20170823ARTFIG00098-celine-pina-l-etat-doit-denoncer-clairement-l-association-lallab-laboratoire-de-l-islamisme.php

[2] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11198