Mennel peut toujours chanter. L’important est de savoir « d’où elle chante »

Par Charles Meyer

Être musulman, maghrébin ou oriental, ce n’est pas kiffer Ennasri, Iquioussen, Baraka city, Havre de savoir, ce n’est pas traiter son gouvernement de «terroriste» peu après une boucherie à Nice.

Ça, c’est être islamiste.

Les associations laïques et républicaines se battent sur deux fronts. L’extrême-droite et l’islamisme, une forme nouvelle d’extrême-droite. Il n’est pas toujours évident de faire passer un message, pourtant simple : l’islamisme n’est pas l’islam et la stratégie d’entrisme des islamistes est éprouvée dans de multiples sociétés, à travers l’histoire. C’est une stratégie élaborée autour de la dissimulation et du mensonge auxquels succèdent l’entrisme et enfin, la consécration du dogme : le pouvoir.

Le cas de la chanteuse Mennel dont nous découvrions hier l’horreur des propos et le dogme islamiste en partage est typique.

Beaucoup de nos amis se sont avoués piégés. Je leur ai répondu qu’il valait mieux se faire avoir et en prendre conscience plutôt que de se laisser piéger par la haine et le racisme. Ce n’est pas évident de deviner ce qui se cache exactement derrière le projet islamiste et quelles sont ses méthodes pour amadouer les médias, la société civile et la classe politique. Il faut connaître les organisations, les étudier, décrypter leurs fonctionnement, leurs discours et la propagande sucrée de ces mouvements islamistes tels que Lallab. Tout cela prend du temps et de l’énergie et nous sommes dans la société civile une minorité croissante à nous y consacrer.

À mon sens, l’idée n’est certainement pas comme le réclament déjà plusieurs élus du FN, fidèles dans la récupération de nos malheurs, de censurer cette jeune chanteuse ou de l’empêcher de chanter. Même à « The Voice». Nous sommes dans un Etat de droit et chacun est libre de ses idées. Être islamiste n’est pas illégal. Être fasciste n’est pas illégal. C’est adhérer ou s’être fait conquérir par un dogme puissant et dangereux qui restreint partout dans le monde l’espace des libertés.

Le rappeur « Medine», le triste comique Belattar ou bien d’autres encore, véhiculent la même idéologie à combattre. Mais les censurer serait aussi productif que la censure de l’extrême droite et la diabolisation l’ont été il y a vingt ans.

En revanche, il ne faut pas, il ne faut jamais mélanger spiritualité et islamisme, religion et projet politico-religieux ou pire, origines et religion. C’est ce que cherchent les islamistes.

Il faut donc marquer les messagers ou les vecteurs inconscients d’une idéologie mortifère à la culotte. Faire savoir que cette jeune fille qui a été adulée et mise en avant par les médias, précisément pour son voile et sa religion, n’est pas et ne doit en aucun cas être le symbole d’une représentation fausse des Musulmans et des femmes musulmanes dans la Société.

Proche de Lallab, on sait qu’elle est un produit de cette Génération nouvelle de l’islamisme, dont les aspérités seront de moins en moins visibles mais le projet le même : c’est le fameux Tamkine.

Prendre cette jeune fille pour une musulmane comme une autre reviendrait à l’évidence à laisser croire qu’être musulman ou croyant, c’est forcément adhèrer, comme elle, aux thèses islamistes de Ramadan, Ennasri, les disciples du terroriste et Frère musulman Al Qawadari. De considérer, comme elle, qu’un musulman pense que la France est un Etat « terroriste» parce qu’il est musulman et ne peut penser autrement. De considérer, comme elle, que les attentats islamistes sont la main d’une puissance obscure. D’aimer, comme elle, Dieudonné, dont on sait l’antisémitisme. D’aduler, comme elle, Iquioussen, dont on connaît les thèses absolument extrémistes et épouvantables.

Là est le piège qu’il faut démonter. Car ce piège est à double lame et l’extrême-droite identitaire et raciste espère elle aussi de toutes ses forces qu’on puisse assimiler les orientaux, les maghrébins et les musulmans à l’idée qu’on se fait de cette jeune femme en la lisant dans le texte. Déjà les sites identitaires tels que Français de souche ou Riposte laïque qui n’a de laïque que le nom s’emparent évidement de l’affaire. Nous entendons nous en emparer et ne pas laisser s’affronter une conception identitaire contre une autre au risque de morceler encore davantage la société française.

Désormais, Mennel peut toujours chanter. L’important est de savoir « d’où elle chante». Et de comprendre et faire comprendre autour de nous la théorisation de l’entrisme par la visibilité, si chère aux Frères Musulmans. Il faut se le tenir pour dit : jamais un islamiste ne se présentera autrement que comme un «musulman». Et pour ce qui est de faire de l’entrisme dans les médias, reconnaissons qu’ils sont très forts.

Céline Pina, poursuivie en diffamation par l’association Lallab. Judiciarisation du débat public ou confiscation du débat …

Qu’y a-t-il de commun entre Soufiane Zitouni – ex-professeur de philosophie au lycée Averroès, Mohamed Louizi – blogueur et écrivain, Pascal Bruckner – essayiste, Jeannette Bougrab – ancienne secrétaire d’Etat et essayiste, Georges Bensoussan – historien et responsable au Mémorial de la Shoah, ou Ahmed Meguini – blogueur et président-fondateur de LaïcArt ?

Tous sont des universalistes, des républicains et défendent la laïcité. Tous dénoncent la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme dans notre pays. Et tous se sont retrouvés devant des tribunaux pour répondre aux accusations de diffamation ou d’incitation à la haine raciale. Qui a saisi la justice pour ces motifs ? Amar Lasfar – ancien président de l’UOIF, Marwan Muhammad – ancien président du CCIF, les Indivisibles (dont Rokayah Diallo est fondatrice), le Parti des Indigènes de la République (PIR) et Jacques Parent – ancien maire PS.

Tous les prévenus ont été relaxés. A chaque fois, la justice a souligné le droit fondamental à la liberté d’expression, c’est à dire la légitimité de la polémique, du débat, de l’exercice de l’esprit critique. Un tribunal n’a pas à dire si une idée, une thèse, un essai, un article, une phrase sont justes ou bancals. En revanche, il doit juger s’il y a diffamation ou intention de provoquer la haine raciale. Rappelons ici notre consternation qu’on ait pu amener une juridiction à disserter sur le fait de savoir si l’expression ‘nourri à la mamelle de la haine’ antisémite équivalait à l’expression ‘téter le lait de l’antisémitisme au sein de sa mère’, au procès de Georges Bensoussan en janvier dernier…

Un tribunal n’est pas le lieu où l’on débat, où l’on valide une thèse ou une pensée, où on la met en doute. Que les idées fassent consensus ou suscitent la controverse est le propre d’une saine société démocratique, comme l’a rappelé à de nombreuses reprises la Cour Européenne des droits de l’homme.

Comment donc appeler ce déferlement de procès qui touchent des personnalités qui ne font qu’exercer leur droit le plus strict de s’exprimer ?

Un procès, même s’il est gagné, a un coût. Mohamed Louizi précise qu’en deux ans, ses frais d’avocat se sont élevés à 19 000 €. On mesure parfaitement les conséquences qui guettent ceux qui commettent des Tweets ou des articles dont le seul tort est de déplaire à d’autres. Saluons d’ailleurs la pugnacité de Mohamed Louizi qui, malgré quatre procès, est déterminé à ne pas se taire. Car la menace qui sourd derrière ces tracas judiciaires, c’est l’autocensure. Par crainte d’un procès, essayistes, blogueurs et intellectuels, pourraient renoncer à s’exprimer sur l’islamisme et le nouvel antiracisme.

Aujourd’hui, nous apprenons que l’association Lallab poursuit Céline Pina – essayiste et co-fondatrice de Viv(r)e La République – pour diffamation suite à un article paru dans le FigaroVox[1], il y a maintenant presque trois mois. Est reproché à Céline Pina le choix du mot ‘islamiste’ à propos de cette association. Rappelons que Lallab, qui se dit féministe et défend le symbole de l’impureté et de l’infériorité des femmes – le voile – au nom de la liberté, se réfère à deux figures musulmanes, l’une proche de Tariq Ramadan, l’autre membre du parti islamiste Ennahda en Tunisie[2].

En attaquant les défenseurs de la laïcité et des valeurs républicaines, le djihad judiciaire cherche à fragiliser ce qui nous tient. En cherchant à faire taire ces voix, c’est la République que l’on cherche à affaiblir.

C’est donc à chaque citoyen de prendre conscience de ce qui est en jeu. S’exprimer, utiliser la liberté d’expression devient un devoir ; celui de défendre cette liberté fondamentale en l’exerçant pleinement. Et sans subir les intimidations et les abus du droit d’ester en justice de ceux qui utilisent le recours aux tribunaux pour faire taire les démocrates et les républicains.

LaïcArt tenait à exprimer tout son soutien et sa solidarité à Céline Pina, et à l’assurer de sa détermination à poursuivre avec elle et son association amie ses objectifs communs.

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/23/31003-20170823ARTFIG00098-celine-pina-l-etat-doit-denoncer-clairement-l-association-lallab-laboratoire-de-l-islamisme.php

[2] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11198