J’ai rêvé que je regardais The Voice…

Par Nathalie Bianco

La nuit dernière j’ai fait un rêve bizarre. J’ai rêvé que je regardais The Voice (à ce stade, c’est déjà un cauchemar) et qu’une superbe jeune fille aux yeux candides interprétait un classique des Beatles. Dans mon rêve, la jeune fille portait un gros crucifix et un T-shirt marqué « I love Jesus » mais ça lui allait bien, et ça lui donnait un joli style. Pas de quoi fouetter un chat. Même s’il semblait bien qu’elle ait changé les paroles de la 2ème strophe pour en faire un chant religieux. Mais elle avait une si belle voix…

Et puis, des internautes curieux s’intéressaient au profil de la jeune fille et dénichaient sur son Facebook de curieux messages après les attentats du Bataclan et de Charlie, qui expliquaient que tout ça était la faute de l’immigration en France. On trouvait aussi des likes sur des sites d’extrême-droite, un soutien au groupuscule Civitas et un clip destiné à une campagne anti-avortement.

Dans mon rêve, de nombreuses voix s’élevaient pour protester contre la sélection de cette candidate.

Après je me suis réveillée, je ne me souviens pas de la suite. Il me semble que de bien belles âmes criaient à l’intolérance et à la stigmatisation face à quelques bêtes erreurs de jeunesse et que Libé publiait une tribune pour prôner l’ouverture d’esprit et défendre une “jeune française ordinaire”…

Mennel peut toujours chanter. L’important est de savoir « d’où elle chante »

Par Charles Meyer

Être musulman, maghrébin ou oriental, ce n’est pas kiffer Ennasri, Iquioussen, Baraka city, Havre de savoir, ce n’est pas traiter son gouvernement de «terroriste» peu après une boucherie à Nice.

Ça, c’est être islamiste.

Les associations laïques et républicaines se battent sur deux fronts. L’extrême-droite et l’islamisme, une forme nouvelle d’extrême-droite. Il n’est pas toujours évident de faire passer un message, pourtant simple : l’islamisme n’est pas l’islam et la stratégie d’entrisme des islamistes est éprouvée dans de multiples sociétés, à travers l’histoire. C’est une stratégie élaborée autour de la dissimulation et du mensonge auxquels succèdent l’entrisme et enfin, la consécration du dogme : le pouvoir.

Le cas de la chanteuse Mennel dont nous découvrions hier l’horreur des propos et le dogme islamiste en partage est typique.

Beaucoup de nos amis se sont avoués piégés. Je leur ai répondu qu’il valait mieux se faire avoir et en prendre conscience plutôt que de se laisser piéger par la haine et le racisme. Ce n’est pas évident de deviner ce qui se cache exactement derrière le projet islamiste et quelles sont ses méthodes pour amadouer les médias, la société civile et la classe politique. Il faut connaître les organisations, les étudier, décrypter leurs fonctionnement, leurs discours et la propagande sucrée de ces mouvements islamistes tels que Lallab. Tout cela prend du temps et de l’énergie et nous sommes dans la société civile une minorité croissante à nous y consacrer.

À mon sens, l’idée n’est certainement pas comme le réclament déjà plusieurs élus du FN, fidèles dans la récupération de nos malheurs, de censurer cette jeune chanteuse ou de l’empêcher de chanter. Même à « The Voice». Nous sommes dans un Etat de droit et chacun est libre de ses idées. Être islamiste n’est pas illégal. Être fasciste n’est pas illégal. C’est adhérer ou s’être fait conquérir par un dogme puissant et dangereux qui restreint partout dans le monde l’espace des libertés.

Le rappeur « Medine», le triste comique Belattar ou bien d’autres encore, véhiculent la même idéologie à combattre. Mais les censurer serait aussi productif que la censure de l’extrême droite et la diabolisation l’ont été il y a vingt ans.

En revanche, il ne faut pas, il ne faut jamais mélanger spiritualité et islamisme, religion et projet politico-religieux ou pire, origines et religion. C’est ce que cherchent les islamistes.

Il faut donc marquer les messagers ou les vecteurs inconscients d’une idéologie mortifère à la culotte. Faire savoir que cette jeune fille qui a été adulée et mise en avant par les médias, précisément pour son voile et sa religion, n’est pas et ne doit en aucun cas être le symbole d’une représentation fausse des Musulmans et des femmes musulmanes dans la Société.

Proche de Lallab, on sait qu’elle est un produit de cette Génération nouvelle de l’islamisme, dont les aspérités seront de moins en moins visibles mais le projet le même : c’est le fameux Tamkine.

Prendre cette jeune fille pour une musulmane comme une autre reviendrait à l’évidence à laisser croire qu’être musulman ou croyant, c’est forcément adhèrer, comme elle, aux thèses islamistes de Ramadan, Ennasri, les disciples du terroriste et Frère musulman Al Qawadari. De considérer, comme elle, qu’un musulman pense que la France est un Etat « terroriste» parce qu’il est musulman et ne peut penser autrement. De considérer, comme elle, que les attentats islamistes sont la main d’une puissance obscure. D’aimer, comme elle, Dieudonné, dont on sait l’antisémitisme. D’aduler, comme elle, Iquioussen, dont on connaît les thèses absolument extrémistes et épouvantables.

Là est le piège qu’il faut démonter. Car ce piège est à double lame et l’extrême-droite identitaire et raciste espère elle aussi de toutes ses forces qu’on puisse assimiler les orientaux, les maghrébins et les musulmans à l’idée qu’on se fait de cette jeune femme en la lisant dans le texte. Déjà les sites identitaires tels que Français de souche ou Riposte laïque qui n’a de laïque que le nom s’emparent évidement de l’affaire. Nous entendons nous en emparer et ne pas laisser s’affronter une conception identitaire contre une autre au risque de morceler encore davantage la société française.

Désormais, Mennel peut toujours chanter. L’important est de savoir « d’où elle chante». Et de comprendre et faire comprendre autour de nous la théorisation de l’entrisme par la visibilité, si chère aux Frères Musulmans. Il faut se le tenir pour dit : jamais un islamiste ne se présentera autrement que comme un «musulman». Et pour ce qui est de faire de l’entrisme dans les médias, reconnaissons qu’ils sont très forts.